La famille de Jésus est-elle le modèle de la famille chrétienne ?

A mon humble avis oui et non : Luc 2,22-40.
Dans ma culture malgache, je pense aussi dans d’autres cultures, la famille est le lieu où l’être humain apprend à vivre, à l’amour. C’est vrai qu’en général, les bébés sont cajolés et que leurs premières expériences du contact avec autrui sont de caresses et de soins divers. Quand cela fait défaut, la blessure peut faire souffrir toute la vie. Question : Jésus a-t-il lui aussi appris l’amour dans sa famille ? Certes, l’amour qui habitait Marie et Joseph était, comme pour nous tous, participation à Dieu lui-même, donc au Verbe. En un certain sens, leur amour fut « incarnation ». Pourtant, Jésus a dû apprendre lui aussi à être un homme, donc il a dû faire l’expérience de l’amour reçu et redonné. En 2,40, Luc écrit que « l’enfant grandissait, se développait et se remplissait de sagesse» (répété en 2,52). Bien sûr, la sagesse dont il s’agit ici est l’art de discerner, l’aptitude à évaluer le bon et le mauvais. Si Jésus a « grandi » dans ce domaine-là, c’est bien qu’au départ il ne disposait pas de cette sagesse. Prenons au sérieux l’humanité du Christ. Il découvre le monde, ce monde qui vient de lui. Il s’extasie devant la beauté des fleurs des champs (M t 6,28), il est surpris de constater la croissance du minuscule grain de sénevé et la dilatation de trois mesures de farine sous l’action du levain (Luc 13,18-21). Bref, il découvre toutes les réalités naturelles et humaines auxquelles « le Royaume des cieux est semblable. »

Quelle famille ! A part la visite des bergers et des mages, les évangiles de l’enfance nous racontent et nous annoncent surtout des événements redoutables : la persécution d’Hérode, la fuite en Égypte (chemin de l’Exode libérateur parcouru à l’envers), l’annonce au Temple, par Syméon, que cet enfant n’est pas pour eux mais pour les nations et la gloire d’Israël, l’annonce du glaive qui transpercera l’âme de Marie, la « fugue » inquiétante et lourde de significations de Jésus au Temple. Seules paroles de Marie et de Jésus citées dans les évangiles de l’enfance : celles du dialogue échangé à cette occasion, reproches de Marie, réponse dure à entendre de Jésus affirmant en substance qu’il n’appartient pas à ses parents, mais qu’il se doit « aux affaires de son Père ». Le mot « père » du verset 49 désigne une autre personne que le même mot au verset 48. Littéralement, Jésus leur chappe. Tout au long de ces pages, Joseph reste muet : aucune parole n’est citée. Il est comme absent, « virtuel », bien qu’enMatthieu, il reçoive les messages de l’ange et prenne les décisions en conséquence. Sans parole. Donner la famille de Jésus, telle que les évangiles la présentent, comme le modèle de la famille chrétienne demande quelques nuances. En fait, nos textes ne veulent pas nous présenter une famille à imiter, ils sont faits d’anticipations, d’allusions à la Passion et à la Résurrection : « l’œuvre du Père », celle pour laquelle le Christ est venu en ce monde, sera bien l’œuvre pascale.

Et pourtant, une famille exemplaire. Ce qui vient d’être dit ne signifie pas qu’il n’y ait aucune « leçon » à tirer des évangiles de l’enfance. Répétons-le : il y a dans cette famille quelque chose qui la rend exemplaire. Quoi ? Le respect total de chacun pour la personnalité et l’itinéraire des autres. En Matthieu 1,18-23, nous voyons Joseph se soumettre au mystère de Marie. Chaque être humain vit avec Dieu le secret d’une relation unique. Quant à Joseph, les songes symboliques qui lui dictent sa conduite – trois songes liés aux événements majeurs de la vie de la famille – traduisent le dialogue incommunicable qu’il entretient avec Dieu. Jésus et Marie se soumettent à ses décisions. En ce qui concerne Jésus, il se doit aux affaires de son Père. Marie et Joseph ne comprennent pas, mais respectent la voie qu’il doit suivre (Luc 2,50). De son côté, dans le détail de la vie, «il leur est soumis » verset 51). Tout cela est très important pour nous. Dans beaucoup de couples, en effet, le mari peut être éconcerté par la manière de se comporter de sa femme, et réciproquement : on n’avait pas prévu la manière dont il ou elle voluerait. Bref, on s’était lié à un conjoint imaginé, rêvé. Accepter l’autre tel qu’il est et tel qu’il devient suppose un accès à l’amour véritable, ce qui ne se fait pas tout seul. Même évolution nécessaire vis-à-vis des enfants, dont on a tendance à préprogrammer l’avenir, à les rêver autres qu’ils ne sont. Tous ces dérapages, parfois funestes, nous pouvons les conjurer en méditant sur la « Sainte Famille ».

Le mot du Pasteur 2
Dieu des vivants, et non des morts

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