Le Mot du Pasteur

Dieu des vivants, et non des morts

Dimanche de Pâques. Contre toutes les apparences, voici que la vie est sauvée. Le Christ ressurgit, à partir du rien de la mort.

L'ensemble des lectures de la vigile pascale nous montre que la résurrection était en préparation, et même à l'œuvre, depuis le commencement.

D'ailleurs la résurrection est déjà inscrite dans la nature, ne serait-ce que métaphoriquement. Le soleil ressurgit après sa disparition nocturne ; la santé revient après la maladie ; la végétation se réveille au printemps après la mort hivernale ; en une dizaine d'années, tout le matériau constituant nos cellules se trouve remplacé, et pourtant nous restons nous-mêmes... Tout est construit selon l'alternance du sommeil et du réveil.

Avec la Résurrection, nous sommes devant un accomplissement, un dépassement infini de toutes ces figures, et l'alternance cesse avec elle. Il n'y a plus d'après : nous entrons dans la fin des temps. C'est pourquoi la Résurrection du Christ est le centre de la foi chrétienne. On l'a répété, pour Paul le complément du verbe croire est la Résurrection. C'est pourquoi Abraham est dit « père des croyants » ; il a cru en la Résurrection (Rm 4,16-25). Dieu des vivants et non des morts, celui qui nous fait être le fait de façon irrévocable. Tout entiers, corps et esprit, nous nous relevons d'entre les morts, même s'il nous est impossible de nous le représenter.

Vie donnée, vie nouvelle

Dieu s'était allié à l'homme pour le meilleur et pour le pire. Le pire de l'homme, c'est la croix, la mort où Dieu vient nous rejoindre ; le meilleur, c'est la vie de Dieu, en laquelle nous le rejoignons. Si la croix est appelée «croix glorieuse», c'est parce qu'elle devient la porte de la vie nouvelle. Nous n'aurions pas fait de la croix le symbole de notre foi si le Christ n'était pas ressuscité. On l'a répété, il n'aurait pas suffi que Jésus passe de cette vie à la vie de Dieu sans heurt ni à-coup, dans une sorte d'ascension à la manière d'Élie, sans traversée de la mort. Il fallait que ce soit d'entre les morts qu'il entre dans le monde nouveau ; il fallait que notre misère soit visitée et neutralisé par celui qui avait dit «Je suis la résurrection et la vie» (Jean 11,25). Ainsi se vérifie la formule si fréquente dans les évangiles : «Celui qui veut conserver sa vie la perdra ; celui qui accepte de la perdre la sauvera.» Voici donc la vie sauvée, au-delà de toutes les apparences contraires. Encore une fois, il ne s'agit pas d'une vie épargnée mais d'une nouvelle naissance. Le vide du tombeau peut être pris pour une image du néant originel. Le Christ ressurgit à partir du rien de la mort. Mais le tombeau n'est pas seulement vide, il est aussi ouvert, comme une page encore vierge en attente d'une écriture neuve. Bref, la vie nouvelle du Christ n'est pas une reprise de sa vie antérieure, mais ascension dans la vie de Dieu.

Le fondement de l'espérance

Par là Dieu se révèle bien Dieu des vivants et non des morts, Dieu de la vie et non de la mort. Mais cette vie s'avère capable de traverser la mort, sans en faire l'économie. Ne nous demandons pas, comme les Corinthiens, avec quel corps nous ressusciterons (1 Cor 15,35). Paul répond qu'il y a autant de différence entre notre corps actuel et le corps de la résurrection qu'entre la graine jetée en terre et l'épi en sa maturité. Métaphore bien entendu, mais qui nous dit que nous allons, corps et esprit, vers un infiniment plus. La résurrection du Christ est comme les prémices de notre propre résurrection. «Si le Christ n'est pas ressuscité, vide est notre foi (...) Mangeons et buvons car demain nous mourrons», dit Paul en 1 Cor 15,14 et 32. Notre foi est vide parce que nous n'avons alors plus rien à attendre. La Bible tout entière devient un document folklorique. Bref, nous n'avons plus rien pour fonder une espérance quelconque et tout ce que nous pouvons entreprendre n'est que divertissement pour ne pas porter nos regards sur l'inévitable. « Sursis à la mort», disait Sartre. Paul explique en 1 Cor 15,12-19 que si le Christ ressuscite c'est parce qu'il y a de la résurrection depuis toujours dans l'univers. Dans le Christ, cette résurrection jusque-là secrète est manifestée ; et aussi fondée. Ayons le courage de l'espérance.